Mainly devoted to documentary and street photography, my main interest is the human being and his place in the world.

I am currently based in Paris.

Past activities
 
Reportage photography workshop with Patrick Zachmann, Magnum Photos, 29 September - 2 October 2016, Berlin
Exposition "Bolivia", 4-26 June 2016, Festival Rues du Voyage, French Coffee Shop, Grenoble
Exposition "Perché la Bellezza... ", 28 June - 9 July 2016, Galerie La Vina, Grenoble

Exposition Villes-Monde, 4 July-25 September 2016, Voies Off, Arles Festival of Photography

Exposition "Villes-Monde", 1-14 September 2016, Galerie La Vina, Grenoble

Exposition "Elles", 23 May - 3 June 2017, Galerie La Vina, Grenoble

 

Perchè la Bellezza... Parce que la Beauté...

 

En italien, pourquoi et parce que se disent de la même façon: perché, seule l'intonation signifiant si l'on pose une question ou donne une réponse. Fatalisme, philosophie, longue mémoire, adhésion spontanée à la vie des Italiens ?

Raimondo Forte est un médecin cosmo-napolitain qui vit en France depuis plusieurs années maintenant. Il parcourt le monde et ses photos le montrent plein de couleurs, de vie, de lumières et d'ombres profondes, avec un regard un peu baroque, Caravagesque mais toujours empreint de compassion, avec les tentatives des hommes de vivre, de survivre et échapper à une condition ou une pesanteur par les moyens qu'ils choisissent, entre sagesse, foi, exaltations diverses et émerveillement des enfants face à la nature et aux éléments.

Parce que la Beauté... mais pourquoi les opprimés? Camus disait qu'il fallait leur jurer une double fidélité, et répondre à leurs questions. Salvatore Vega, philosophe italien, intitula un de ses livres ainsi après Camus : La Bellezza e gli oppressi.

En tant que photographe et galeriste, je me suis rendu compte que lorsque la sélection des images qui s'impose est faite, alors ces images contiennent de quoi raconter une histoire qui est toujours celle du monde, comme chaque partie d'un corps contient le corps lui-même, en fractal. Il s'agit donc de trouver l'harmonie et la logique – de logos: parole, discours – permettant de rendre ce que l'artiste et ses photographies cherchent à nous raconter, ce que nous cherchons à comprendre à travers elles. Chaque exposition devient alors comme un jeu de symboles où chaque image représente un archétype.

 "Mi fido di te": "Je te fais confiance", m'a dit Raimondo en me laissant installer l'exposition. 

J'ai mis en vitrine sa photo la plus forte pour être vue du dehors: l'enfant qui court avec son sarong sous la pluie, et dessous, la paix du soir à Hiroshima, et tout à coup l'enfant qui court m'a fait penser à la petite fille nue au Vietnam, brulée par le napalm.

A gauche, un jeune bouddha entre ombre et lumière, dans la douceur infinie que son vase, comme un baume guérisseur, propose au monde, et plus haut la magie que l'eau offre toujours à tous au quotidien.

A l'intérieur, un maître dans le lointain écrit comme un Bouddha dans l'invisible, comme dans un autre espace, le Brahman, Père et Âme du monde, et les enfants écoutent, apprennent, écrivent, lisent à l'ombre et dans la protection des monastères. Pui la mère et le monde apparaissent et le chemin de la vie. On travaille et on joue toujours dans la douceur et le raffinement de l'Orient où l'homme essaie encore de ne pas oublier sa place dans le tout, dans le Tao, et de s'y accorder, dans la simplicité et l'immensité des Andes ou de la Patagonie.

Au fond, Haïti, un horizon barré par un container, que vient côtoyer une rivière: symbole de tout un monde, qui tremble, s'écroule, qui s'échoue mais espère, car rien n'a été autant possible pour lui qu'aujourd'hui.

Extraordinaire image des pélicans devant une croix vide et un dernier oiseau en vol au loin, quand on sait que le pélican qui se perce le flanc pour nourrir ses enfants représentait au Moyen-Âge le Christ.

Et en dessous, l'arène des hommes, leurs passions tristes et violentes, aveugles à ce qui les entoure, avec les sauts et les combats des coqs, comme des soubresauts avortés d'envol, d'amour.

On descend un peu plus bas dans la mine, plus profond au cœur des monastères, dans les artères des rues, à la lumière des frontales, des cierges, des lampadaires ou des feux, on voyage dans le temps vers Dante, la Madonna et le Décaméron en Italie, et on revient après le noir et blanc de la Semaine Sainte à la renaissance des couleurs, de l'enfance éblouie de Soleil, éclaboussée d'eau et de grâce...  

 

François-Marie Périer, June 2016